Le désir, quel qu'il soit, et d'autant plus celui de partir sur l'océan, nait d'une multitudes d'héritages et de rêves mystérieux. Je pourrais citer les stages de voile de jeunesse de ma mère et de mon oncle dont ils parlent encore aujourd'hui, les films de mon oncle, les très bons moments en compagnie de mon ami Pierre avec qui j'ai partagé mes premières émotions en itinérant kayak,...
Je me rappelle du jour où, il y a plus de 15 ans maintenant, je faisais le montage vidéo du documentaire "Au pays où les montagnes naviguent" qui racontait comment Bruno Calle et Catherine Delormes avaient hiverné un an au Groenland sur leur voilier Nosy Bé dans le village de Saqqaq, au nord de la fabuleuse baie de Disco. J'ai passé quelques mois en leur compagnie et leur vision poétique de voyageurs et d'artistes m'a profondément marqué. C'est lorsque j'ai monté une séquence dans laquelle un jeune inuit accompagné d'un de ses amis va faire une promenade en kayak entre les Icebergs en chantant un chant traditionnel que je suis tombé amoureux de trois choses en même temps : du moyen de transport fabuleux qu'est le kayak de mer ( Michel Janssens a très bien joué son rôle de cupidon distillant à chaque visite pendant le montage son amour de la mer et en me racontant lors d'une soirée mémorable diapos et passion inébranlable à l'appuis son fascinant itinérant autour du Spitzberg... Si j'y vais un jour ce sera de sa faute !), du regard inspiré, poétique et passionné de Catherine et Bruno sur le voyage et la nature, et enfin du vent de liberté qui souffle dans l'esprit de chaque kayakiste qui prend la mer...
"Ceux qui vont sur mer, dans quelle catégorie les classez-vous ?". Le philosophe grec Anarchesis répondait à cette question en disant : "Il y a les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer." Il oubliait peut-être les rêveurs qui s'imprègnent de la phrase de Baudelaire : " Homme libre, toujours tu chériras la mer".